un acte d'humanité peut-il être réellement désintéressé?
Publié le 7 Novembre 2010
Le 22 octobre dernier Sébastien Taillard, élève de TS1, a choisi de présenter devant la classe une réflexion autour de la question suivante.
Un acte d'humanité peut-il être réellement désintéressé?
On peut préciser que cette question n'est pas anodine, ni purement scolaire pour Sébastien puisqu'il est sapeur-pompier volontaire.
Daniel Coulet, Deux anges dans le massif de Saint-Guilhem-le-désert
Voici un petit compte rendu des idées qu'il a exposées ainsi que de la discussion approfondie qui a suivi. On trouvera aussi des liens avec la pensée des philosophes abordant cette grande problématique :
Agir de façon altruiste est-ce s'oublier soi-même?
Au premier abord un acte d'humanité est fait pour aider les autres.
Mais si on y réfléchit ce n'est pas seulement pour les autres que nous agissons lorsque nous sommes altruiste mais aussi pour nous-même.
Ainsi peut-on accomplir une bonne action pour se donner bonne conscience ou encore pour faire bonne impression. Un acte d'humanité apparaît toujours intéressé d'une manière ou d'une autre, c'est-à-dire qu'on y trouve toujours un intérêt. Mais cela est-il répréhensible et cela enlève-t-il quelque chose à la valeur morale de notre acte?
Même celui qui va sacrifier sa vie pour celle d'un autre peut en tirer un intérêt : il pourra penser qu'il sera récompensé par Dieu s'il est croyant, il pourra aussi penser sans être croyant qu'il sera reconnu par la postérité et atteindra peut-être ainsi une forme d'immortalité.
Si l'on peut s'accorder sur cette notion d'intérêt toujours liée à l'accomplissement d'un acte altruiste, il faut pourtant faire une distinction : cet intérêt est-il le moteur principal de l'action bienfaitrice ou bien est-il un bénéfice secondaire?
Dans le premier cas l'auteur de l'action serait finalement motivé par l'égoïsme : ce qu'il recherche avant tout c'est la reconnaissance des autres, il faudra dans ce cas que son action soit visible. Ce qui compte d'abord c'est lui et non l'autre auquel il porte secours. On trouve ainsi des actions "altruistes" particulièrement médiatisées. Dans le second cas, l'auteur de l'action retire un bénéfice secondaire mais ce qui compte c'est d'abord son élan vers celui pour lequel il agit. Il est fier de ce qu'il accomplit et son action peut ne pas être connue, ni reconnue par les autres. Il agit simplement en accord avec lui-même, avec ses principes, ou tout simplement en obéissant à un sentiment de bienveillance ou d'amour.
Dans le premier cas l'action se conformera aux attentes de la société.
Dans le second cas elle se conformera d'abord à une conscience intérieure, elle semble moralement plus juste.
Pourtant ce n'est pas l'avis de Kant qui répond à cette question des conditions de l'action morale de façon radicale. Pour lui une action morale ou vraiment altruiste n'est en aucun cas intéressée. Une action est bonne si elle est conforme à ce qu'il nomme dans les Fondements de la métaphysique des moeurs, l'impératif catégorique principe ou loi morale issue de notre raison : « agis toujours de façon que tu puisses vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle ». Autrement dit cet impératif consiste à se demander : si tout le monde agissait comme moi qu'est ce que cela donnerait? S'il apparaît que cela serait bénéfique alors ma façon d'agir est conforme à la morale sinon ce n'est pas moral.
Exemple: mentir n'est pas moral car si tout le monde le faisait, plus aucun lien de confiance ne pourrait s'établir.
Selon Kant la condition pour laquelle une action est morale, n'est donc pas son résultat mais son intention : la conformité à l'impératif catégorique.
Ainsi, lorsque je porte secours à une personne en danger mon action est morale si j'ai pensé d'abord que tout le monde devrait agir ainsi, mais elle n'est pas morale (bien que le résultat soit le même) si j'ai pensé qu'alors je serais reconnu, que j'obtiendrai une médaille ou encore que j'obtiendrai la reconnaissance de la personne que j'ai secourue ou simplement que je serais content de moi.
En d'autres termes mon action est morale si en l'accomplissant j'obéis à ma raison et non à mes sentiments dans lesquels intervient nécessairement une part d'intérêt et de subjectivité.
On le voit cette morale du devoir est austère puisqu'elle s'oppose à toute idée de plaisir à faire le bien.
On pourra l'opposer à d'autres philosophies, comme celles d'Epicure, Spinoza ou encore Michel Terestchenko qui dans son livre Un si fragile vernis d'humanité banalité du bien banalité du mal montre que ceux qui ont eu des comportements altruistes pendant la seconde guerre mondiale n'étaient pas kantiens! (lire un extrait du livre de Teresctchenko)
Peut-on accomplir le bien par plaisir?
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