S'indigner?
Publié le 6 Février 2011
Texte libre de Nolwenn Cretin, TS1
S'indigner est le leitmotiv du mini ouvrage de Stéphane Hessel : « Indignez vous ! ». Le titre peut paraître quelque peu « révolutionnaire », mais il prend tout son sens lorsque l’on sait que l’auteur n’est autre qu’un vétéran de la Résistance, âgé de 93ans aujourd’hui.
A travers cet ouvrage, il s’adresse directement à nous, la jeunesse, à nous individus responsables de l’avenir de l’humanité. Il nous souhaite à tous de trouver notre « motif d’indignation ». D’après lui, ce serait vital.
Tunisie, manifestation pour le départ de Ben Ali
Au premier abord, cette requête peut paraître étrange. Comment une personne qui a connu la guerre, l’occupation nazie, la déportation et qui a côtoyé de près la mort, peut-elle nous demander de nous mettre en colère, et donc de prendre le risque de créer en nous des frustrations qui par la suite pourraient être mal utilisées ? Il l’explique par le fait que cet état d’esprit est le « motif de base de la Résistance ». Pour lui donc, cette indignation permet à n’importe qui de se mobiliser, de militer et de devenir fort et engagé.
Ainsi, la réponse à la précédente question semble être : « m’indigner me donne l’énergie nécessaire pour me battre pour mes idées ».
Ceci s’explique par la définition même de l’indignation. Lorsqu’une personne s’indigne, elle éprouve un sentiment de révolte, voire de colère. Elle ressent profondément dans ses émotions que les choses ne devraient pas se produire comme elles se produisent. Même si ce sentiment prend sa base sur des valeurs éthiques et morales bien établies, il n’est en rien rationnel. C’est justement ce qui fait sa force : alors que les actions totalement rationnelles se basent sur la démonstration et ne laissent aucune place à l’inconnu, les actions répondant à des sentiments comportent un risque qui ne peut être totalement contrôlé. Une personne ne peut agir rationnellement que dans le cas où elle peut prouver, par la démonstration, que son action était la plus profitable à son but final, et à partir du moment où cette même personne ne peut démontrer avec certitude l’utilité de son action, elle n’agit plus, ce qui implique que les actions basées sur la raison sont solides, mais limitées. Ce qui n’est pas le cas d’une action reposant sur les sentiments. Par définition, les sentiments ne s'expliquent pas totalement ou ne s'épuisent pas dans une explication rationnelle.
En quoi alors la démonstration de Stéphane Hessel nous renseigne-t-elle sur l’importance de s’indigner ? Eh bien, parce qu’il semblerait que l’indignation soit un mélange de raisons et de pulsions. Certes, c’est un sentiment irrationnel, la révolte et la colère, qui nous pousse à agir et dans lequel nous puiserons notre énergie pour nous battre. Mais d’où provient cette colère ? Ne se fonde-t-elle pas sur la raison ? Ce qui nous met en colère, c’est le fait que nos valeurs éthiques soient bafouées, or ces valeurs sont elles-mêmes, au préalable, issues d’une réflexion rationnelle.
De manière générale, une personne qui s’indigne est une personne possédant des valeurs morales, et qui lorsque ces dernières se trouvent bafouées, trouvera la force nécessaire pour se battre et changer les choses.
L’indignation est une condition à la liberté et à l’intégrité de chacun.
Prenons l’exemple de Martin Luther King. Cet individu était convaincu que tous les hommes, sans distinction de couleur de peau ou de croyance, étaient tous égaux. La façon dont les noirs étaient traités aux États-Unis créa en lui un sentiment d’injustice, de révolte et de colère. Voici un des exemples les plus probants sur la réelle importante de s’indigner.
Mais cela était il y a une cinquantaine d’années. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Bien entendu, il reste toujours des injustices qui mériteraient notre entière indignation, mais plus près de nous, il semblerait qu’il n’y ait plus rien qui mérite que nous nous engagions dans une cause plutôt qu’une autre.
C’est bien là notre principale erreur. Dans une société où les médias ne nous disent que ce qu’ils veulent, où nous pensons ce que les puissants nous laissent penser, nous sommes devenu des moutons. Plus personne ne se sent concerné par ce qui se passe ailleurs, plus personne n’est responsable de rien. La première Guerre Mondiale fut qualifiée de « déshumanisante », et bien dans une moindre mesure, nous pourrions qualifier la nôtre de la même sorte. Déshumanisante, dans le sens où ce qui fait de nous des hommes, à savoir la capacité de penser par nous-même et d'être conscient du sens de notre existence, nous est enlevé. Ainsi, nous sommes devenus de gentils moutons dociles, craintifs des coups de bâtons. Ceci est à la fois une cause et une conséquence du manque d’indignation de notre part. Une conséquence, puisque plus rien ne mérite ma colère, je deviens indifférent à tout ce qui se passe autour moi. Et une cause car puisque je suis indifférent à tel évènement, pourquoi me sentirais-je concerné par un autre ? C’est un cercle vicieux : je ne suis pas concerné par le massacre du Rwanda à la machette, pourquoi le serais-je par la vente massive d’arme par la France à n’importe quel pays gouverné par une dictature ? Ou plus proche de nous, pourquoi me mettre en colère lorsque l’on renvoie des « Roms » « chez eux », quand voir des personnes dormir par terre par moins vingt degré ne m’atteint même pas ?
De nos jours, les motifs d’indignation ne manquent pas. De nos jours, encore plus qu’avant elle est primordiale, car les médias, le confort matériel, nous déresponsabilisent. Ne pas s’indigner une fois, c’est ne plus s’indigner. Peut-être qu’aujourd’hui, rien ne nous concerne directement, mais qui peut affirmer que cette tendance ne s’inversera pas ?
Malgré tout cela, je reste persuadé qu’un réveil de notre part est possible. Ce réveil concerne toutes les générations ! Aussi bien nous, les jeunes, forts de notre fougue, plein d’idéaux, maîtrisant à merveille tous les moyens de communications, qui une fois utilisés à bon escient peuvent devenir une arme redoutable, l’actualité nous le prouve avec la Tunisie et l'Egypte.
Les plus âgés également sont concernés, car il s’agit de créer un avenir viable pour leurs enfants et petits-enfants. Leur âge constitue leur principale force. L’expérience de la vie leur permet ainsi de relativiser certaines situations, et ainsi canaliser l’énergie de la jeunesse. Mais l’âge, plus ou moins conséquent pour certains, leur attribue une caractéristique que les jeunes ne peuvent posséder : la mémoire ! Certains ont connu le régime de Vichy, l’occupation allemande, mai 68, le débarquement de 44,… Autant d’évènement qui devraient leur donner et nous donner à nous les jeunes, encore plus d’énergie, car on ne saurait oublier les combats menés pour obtenir ce que nous avons aujourd’hui.

Barricade rue Soufflot" (Paris juin 1848), tableau attribué à Horace Vernet
Pour en revenir à l’interrogation initiale, nous pouvons désormais affirmer qu'il existe une importance à s’indigner, cette indignation semble être une condition primordiale à la liberté de chacun, elle procure une énergie inépuisable à qui sait l’utiliser, elle permet la responsabilisation de chacun et son émancipation.
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